En remportant l’argent sur 3.000 m steeple, Soufiane El Bakkali a décroché la seule médaille marocaine des Championnats du monde d’athlétisme, le mardi 8 août 2017 à Londres. Pour mieux comprendre l’ascension de ce phénomène de 21 ans, Telquel.ma est allé le rencontrer chez lui, dans le quartier populaire d’El Merja, à Fès. Portrait.

Il est 19h15. Soufiane El Bakkali gare prématurément sa voiture noire sur le bas-côté de la route. Il ajuste ses lunettes, remonte ses bas de contention. C’est parti pour 55 minutes de footing. Notre entretien ayant pris du retard, le champion n’a pas envie de terminer de nuit.

Son entraîneur, Karim Tlemçani, prend le volant pour se rendre à la forêt d’Ain Chkef, à une demi-douzaine de kilomètres du centre-ville de Fès. Nous patientons au milieu des chants des cigales, des senteurs de pins et d’eucalyptus.

L’athlète pénètre dans le bois, devisant tranquillement avec son « lièvre« , fidèle partenaire d’exercice. Quelques jours après les Championnats du monde de Londres, il s’agit simplement de se dégourdir les jambes.

Depuis son retour, l’unique médaillé marocain des derniers Mondiaux d’athlétisme a du mal à se coucher tôt. Il enchaîne les festivités. Et savoure sa toute nouvelle notoriété. Les gens l’interpellent désormais dans la rue et sur les réseaux sociaux, où il a reçu plus de 5.000 demandes d’amis sur Facebook, 4.500 abonnements sur sa page, ainsi qu’un millier de messages sur Whatsapp.

« Ce n’est pas facile de canaliser un jeune de vingt-et-un ans! », plaisante son entraîneur.

Entre le maître et son poulain, la complicité règne. À peine la ligne londonienne franchie, le second s’est jeté dans les bras du premier. « Il s’est mis à pleurer en pensant à tous les sacrifices consentis pour en arriver là. Il était tellement heureux qu’il ne voulait plus me lâcher« , s’amuse celui que le prodige appelle affectueusement Si Karim.

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Des capacités « hors du commun »

Leurs chemins se sont croisés par un beau jour de 2009. Le Fès Country Club, une académie de tennis lancée par l’homme d’affaires Fouad Mejjati Alami au mitan des années 2000, entreprend de s’ouvrir à l’athlétisme. Il organise une grande opération de détection, destinée exclusivement aux 3.600 écoliers d’El Merja, la banlieue voisine.

Karim Tlemçani, ex-manager des équipes nationales du Qatar (2002-05) et du Maroc (2005-09), se souvient d’un gamin de treize ans, portant de grosses chaussures et un short de basket. Il n’avait jamais couru. Il ne remporte pas sa série, mais tape immédiatement dans l’œil du technicien.

« Nous ne sommes pas tous égaux. Soufiane a des capacités cardiaques et pulmonaires hors du commun« , loue cet ancien coureur de niveau régional, diplômé de l’Institut royal de formation des cadres de Salé.

La grande taille et la silhouette filiforme de l’adolescent – il mesure aujourd’hui 1m94, pour 68kg – convainquent Karim Tlemçani de l’initier au steeple-chase, une épreuve de demi-fond comprenant des passages de barrières et des sauts de rivières artificielles.

Le talentueux espoir se convertit à cette spécialité dès sa première année chez les cadets. Nationalement titré, il prend la quatrième place aux Mondiaux juniors disputés à Eugene (Oregon, nord-ouest des États-Unis), alors qu’il n’a que dix-huit printemps.

« C’est à ce moment que j’ai pris conscience de mon potentiel. J’ai réalisé que je pouvais vraiment passer professionnel« , raconte Soufiane.

Août 25 2017 par Thibault Bluy